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OstéopathiePublié le · Mis à jour le · 15 min de lecture

Entorse de cheville : bien la soigner et éviter la récidive

Entorse de cheville : les trois stades, le bon protocole des premiers jours, quand passer une radio et ce que l'ostéopathie apporte après la phase aiguë.

Julie Carlier, ostéopathe D.O.

Julie Carlier

Ostéopathe D.O. · RPPS 10010143807

Entorse de cheville : bien la soigner et éviter la récidive

Une entorse de cheville, c'est le pied qui part en dedans sur un appui mal assuré, un tacle, une racine de sentier ou un trottoir mal éclairé, et les ligaments du côté externe qui encaissent la torsion. C'est la blessure la plus fréquente de la traumatologie du sport, et l'automne en produit une vague chaque année : reprise des sports collectifs, terrains gras, trail sur sol irrégulier. La grande majorité de ces entorses guérissent bien, mais une entorse mal rééduquée en appelle souvent une autre.

Je suis Julie Carlier, ostéopathe D.O. à Asnières-sur-Seine, et je reçois beaucoup de patients quelques semaines après leur entorse, quand la douleur a disparu mais que la cheville reste raide ou se dérobe encore. Cet article explique ce qui se joue dans les premiers jours, ce qui décide du risque de récidive, et ce que l'ostéopathie apporte après la phase aiguë. Une règle avant tout le reste : sur une entorse récente qui n'a pas été évaluée médicalement, on ne manipule pas et on ne draine pas. On fait évaluer.

Sommaire

À quoi correspondent les trois stades d'une entorse ?

L'Assurance Maladie décrit trois niveaux de gravité, qui correspondent à l'état des faisceaux du ligament latéral externe. Ce classement compte, parce qu'il conditionne le délai avant la reprise et l'intérêt d'un avis médical.

L'entorse bénigne. Un faisceau du ligament est étiré, sans rupture ni arrachement. La douleur est modérée, le gonflement discret, la cheville reste mobile et l'appui possible même s'il est désagréable. C'est le cas le plus fréquent.

L'entorse moyenne. Un faisceau est déchiré, un autre étiré ou partiellement rompu. La douleur est vive, la cheville gonfle nettement, une ecchymose apparaît souvent dans les heures qui suivent et l'appui devient difficile, parfois impossible.

L'entorse grave. Deux ou trois faisceaux sont totalement rompus. La douleur est violente d'emblée, le gonflement diffus, l'ecchymose large sur le bord externe, et l'instabilité franche. Ce stade relève du médecin sans discussion.

Un point que je répète souvent au cabinet : la douleur ressentie sur le moment n'est pas un bon indicateur de gravité. Ce sont l'appui, le gonflement et l'instabilité qui orientent, pas l'intensité de la douleur initiale.

Que faire dans les premiers jours après une entorse ?

C'est là que circulent le plus d'informations dépassées, alors autant être précise.

Ce que dit l'Assurance Maladie au grand public. Le réflexe immédiat tient en quatre gestes, résumés par le sigle GREC : Glace, Repos, Élévation, Compression. Du froid par périodes courtes et jamais à même la peau, la jambe surélevée, un bandage posé sans garrotter, et l'arrêt de l'activité.

Ce qui a changé du côté de la médecine du sport. Le vieux protocole RICE, en français GREC, a été révisé deux fois en dix ans. En 2012, un éditorial du British Journal of Sports Medicine a proposé de remplacer le repos strict par le sigle POLICE : Protection, Optimal Loading, Ice, Compression, Elevation. L'idée centrale est la remise en charge optimale, c'est à dire un appui progressif dès que la douleur le permet, plutôt qu'une immobilisation de principe qui enraidit l'articulation et retarde la récupération.

En 2020, les mêmes colonnes ont publié PEACE and LOVE, qui étend le raisonnement aux semaines suivantes : protéger, surélever, comprimer et éduquer d'abord, puis charge progressive, remise en mouvement et exercice actif. Deux nuances surprennent souvent :

  • la glace n'est plus recommandée comme un traitement, seulement comme un antalgique de confort, parce qu'elle pourrait freiner une inflammation qui fait partie de la réparation,
  • les anti-inflammatoires ne sont pas anodins sur un tissu en cours de cicatrisation, et leur usage systématique est discuté. C'est une décision médicale, pas un réflexe de pharmacie.

Ce que j'en retiens pour mes patients : protéger, comprimer, surélever, bouger tôt et doucement dans la limite de la douleur, éviter à la fois l'immobilisation totale et le retour au sport prématuré. Et faire évaluer.

Quand consulter en urgence et quand passer une radio ?

Certains signes imposent un avis médical dans les 24 heures, sans passer par la case ostéopathie :

  • vous ne pouvez pas prendre appui sur votre pied, ou vous ne pouvez faire que quelques pas en boitant fortement,
  • vous avez entendu un claquement ou un craquement au moment de la torsion, avec un gonflement immédiat,
  • la cheville présente une déformation visible, un axe anormal du pied ou de la jambe,
  • la douleur est intense et vous a obligé à arrêter net votre activité,
  • l'ecchymose est large, ou le gonflement augmente encore après 48 heures,
  • vous ressentez des fourmillements, une perte de sensibilité ou un pied froid et pâle.

La question de la radio se décide sur des critères précis, appelés critères d'Ottawa : douleur osseuse à la palpation du bord postérieur d'une des deux malléoles, de la base du cinquième métatarsien ou de l'os naviculaire, ou impossibilité de faire quatre pas en appui juste après le traumatisme et lors de l'examen. Une revue systématique publiée dans le BMJ, portant sur plus de 15 000 patients, conclut que ces critères ont une sensibilité proche de 100 % pour exclure une fracture et réduisent de 30 à 40 % les radiographies inutiles.

Ce n'est pas à vous de trancher, mais savoir que cet outil existe évite deux erreurs symétriques : courir aux urgences pour une entorse bénigne, ou marcher trois semaines sur une fracture non vue.

Pourquoi les entorses de cheville récidivent-elles autant ?

L'entorse latérale de cheville est l'une des blessures musculosquelettiques les plus fréquentes, et la récidive y est fréquente : beaucoup de patients gardent des symptômes résiduels bien après la guérison ligamentaire. Quatre mécanismes expliquent cette fragilité.

La proprioception est abîmée. Les ligaments contiennent des capteurs qui renseignent le cerveau sur la position du pied. La torsion les endommage et le temps de réaction de la cheville s'allonge : sur un appui incertain, la correction arrive trop tard.

La mobilité ne revient pas complètement. La perte de flexion dorsale, ce mouvement qui amène le tibia au dessus du pied quand vous fléchissez le genou, est un déficit classique après une entorse. Elle modifie le déroulé du pas et déplace les contraintes.

Les muscles latéraux se réveillent mal. Les péroniers, qui stabilisent la cheville vers l'extérieur, sont souvent inhibés après la blessure et ne se renforcent pas spontanément.

Le reste du corps compense. Genou, hanche et bassin absorbent ce que la cheville ne gère plus. C'est ainsi qu'apparaît, deux mois après, une gêne de hanche qu'on ne relie plus du tout à la cheville. J'aborde ce mécanisme de chaîne dans mon article sur la douleur de hanche.

La rééducation proprioceptive change-t-elle vraiment quelque chose ?

Oui, et c'est le point sur lequel j'insiste le plus, parce que c'est le seul levier qui a démontré un effet net sur la récidive.

Un essai randomisé publié dans le BMJ a suivi 522 sportifs pendant un an après une entorse latérale. Ceux qui ont suivi, en plus des soins habituels, un programme de proprioception à domicile de huit semaines ont récidivé dans 22 % des cas, contre 33 % dans le groupe témoin, soit une réduction du risque de récidive d'environ 35 %. Peu d'interventions atteignent ce rapport en traumatologie du sport.

Le programme n'a rien de sophistiqué : quelques minutes par jour, sans matériel, en progressant par étapes.

  1. Appui sur un pied, yeux ouverts, 30 secondes, trois fois par jour, puis les yeux fermés quand c'est stable.
  2. Appui sur un pied sur surface instable, un coussin ferme ou un tapis roulé.
  3. Montées sur demi-pointes, quinze répétitions, d'abord sur deux pieds, puis sur le pied blessé.
  4. Déplacements et changements d'appui : marche talon pointe, petits sauts contrôlés, changements de direction lents.

La progression se fait sur la qualité du geste, pas sur le nombre : si la cheville tremble, vous êtes allé trop vite d'un cran. Surtout, ce travail se poursuit après la disparition de la douleur, car c'est précisément parce qu'on arrête le jour où on ne souffre plus que la récidive arrive six mois plus tard. La kinésithérapie reste le cadre de référence de cette rééducation, et l'ostéopathie ne la remplace pas.

Ce que l'ostéopathie apporte après la phase aiguë

Je consulte pour une cheville quand le médecin a validé la reprise, en général deux à quatre semaines après l'entorse selon son stade. Mon travail vise trois choses précises.

Rendre à la cheville sa mobilité. L'articulation tibio-tarsienne, celle qui porte la flexion dorsale, est presque toujours limitée après une entorse. Je la teste et je la mobilise, ainsi que l'articulation entre le tibia et le péroné et les articulations du pied qui participent au déroulé du pas.

Relâcher les tensions installées. Le mollet, les péroniers latéraux et l'aponévrose plantaire se sont contractés pendant la phase de protection et ne se relâchent pas toujours seuls. Un travail myofascial améliore la qualité de l'appui. Quand la tension plantaire persiste, elle peut entretenir une douleur de talon, que je traite dans mon article sur la fasciite plantaire.

Défaire les compensations en chaîne. Je remonte au genou, à la hanche, au bassin et aux lombaires, parce que c'est là que se logent les douleurs à distance apparues après l'entorse. Chez les coureurs, ce bilan permet aussi de repérer les contraintes qui ont favorisé la torsion, un point que j'aborde dans mon article sur l'ostéopathie et la course à pied.

Je travaille en techniques musculo-squelettiques et myofasciales, et la séance sert aussi à caler le calendrier de reprise avec vous. Mon article sur la prévention des blessures prolonge le sujet, et celui sur les tendinites et entorses du sportif donne le cadre général du suivi.

Ce que l'ostéopathie ne fait pas

Je préfère poser les limites clairement, parce que le sujet se prête aux raccourcis.

L'ostéopathie ne répare pas un ligament. La cicatrisation prend le temps qu'elle prend, de quelques semaines à plusieurs mois selon le stade, et aucune technique manuelle ne l'accélère.

Elle ne remplace pas la rééducation. Les mobilisations améliorent la mobilité et l'équilibre, pas la commande neuromusculaire, qui se réentraîne par la répétition. Une méta-analyse publiée dans les Archives of Physical Medicine and Rehabilitation conclut que les mobilisations articulaires améliorent l'équilibre dynamique immédiatement après la séance et la flexion dorsale à court terme, mais que les bénéfices à long terme n'ont pas été suffisamment étudiés. C'est exactement ma position : un bon complément à court terme, pas un traitement de fond à lui seul.

Elle ne se pratique pas sur une entorse récente non évaluée. Tant qu'une fracture n'a pas été écartée et que le stade n'est pas connu, je ne mobilise pas la cheville et je ne draine pas : sur une entorse fraîche, une manipulation locale peut aggraver la lésion. Si vous vous présentez au cabinet dans ce cas, je vous réoriente vers votre médecin, sans exception.

Elle ne garantit aucune absence de récidive. Je peux retirer les freins mécaniques et repérer les compensations. Le reste dépend de la rééducation, du renforcement et de la progressivité de votre reprise.

Et si la cheville reste gonflée plusieurs semaines ?

Un gonflement qui persiste après une entorse est fréquent : la circulation lymphatique locale a été perturbée et le liquide stagne au point le plus bas. Une fois la phase aiguë passée et le diagnostic médical posé, un drainage doux associé à la compression et à la remise en mouvement aide à faire refluer cet œdème résiduel. J'en détaille les gestes, y compris un auto-drainage à faire chez vous, dans mon article sur les chevilles gonflées et leur drainage.

Deux réserves. Sur une entorse récente non évaluée, on ne draine pas. Et un gonflement chaud, rouge et douloureux impose d'écarter une phlébite en urgence, avant toute séance.

Questions fréquentes sur l'entorse de cheville

Combien de temps faut-il pour guérir d'une entorse de cheville ?

Cela dépend du stade. Une entorse bénigne redevient confortable en une à trois semaines, une entorse moyenne demande souvent six semaines avant un appui pleinement assuré, une entorse grave se compte en mois avec un suivi médical. La disparition de la douleur arrive toujours avant la récupération de la stabilité, ce qui explique la plupart des reprises trop précoces.

Faut-il mettre de la glace sur une entorse de cheville ?

La glace soulage, mais elle n'est plus considérée comme un traitement. Les recommandations récentes en médecine du sport la présentent comme un antalgique de confort, par périodes courtes et jamais à même la peau, un refroidissement prolongé pouvant freiner la réponse inflammatoire utile à la réparation. La protection, la compression, la surélévation et la remise en charge progressive comptent davantage.

Quand consulter un ostéopathe après une entorse de cheville ?

Après l'avis médical, quand la phase aiguë est passée, en général deux à quatre semaines après le traumatisme selon sa gravité. Sur une entorse récente dont on ne connaît pas le stade, aucune mobilisation locale ne doit être faite. En revanche, une cheville raide ou instable trois mois après, ou une douleur apparue au genou depuis l'entorse, sont de bonnes raisons de venir.

Peut-on marcher sur une entorse de cheville ?

Si l'appui est possible sans douleur vive, marcher est utile et fait partie des recommandations actuelles : l'immobilisation stricte enraidit et retarde la récupération. En revanche, l'impossibilité de faire quatre pas en appui juste après le traumatisme justifie une radiographie, et impose de consulter avant de forcer.

Comment éviter une récidive d'entorse de cheville ?

Par la proprioception avant tout : un programme d'équilibre à domicile de huit semaines a réduit d'environ 35 % le risque de récidive dans un essai randomisé publié dans le BMJ. Ajoutez le renforcement des péroniers, la récupération de la flexion dorsale, un chaussage adapté au terrain et une reprise progressive.

Une entorse peut-elle faire mal au genou ou à la hanche ?

Oui, et c'est un motif de consultation fréquent au cabinet. Quand la cheville est raide ou instable, le genou, la hanche et le bassin absorbent les contraintes qu'elle ne gère plus, et la douleur apparaît à distance quelques semaines plus tard. Le lien avec l'entorse est rarement fait, parce que la cheville, elle, ne fait plus mal.

Sources

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Si votre cheville reste raide, instable ou douloureuse après une entorse, et que l'avis médical a été fait, je vous accueille à mon cabinet d'Asnières-sur-Seine pour un bilan complet, de la cheville au bassin. Vous pouvez consulter le déroulé de la consultation et les tarifs ou directement prendre rendez-vous sur Doctolib.

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